Peux-tu te présenter et nous dire ton parcours?

Je m'appelle Benjamin PELLET, né en avril 1988 et papa d'un petit garçon. Originaire du département de la Loire et après des études de sciences physiques, je suis arrivé dans la région en 2016. Après quelques années, j'ai décidé de créer une structure en auto-entrepreneur en tant que guide ornithologique. L'idée était de partager ma passion avec le public et de le sensibiliser via à vis de notre impact sur la faune (on protège mieux ce que l'on connaît!). Voir des enfants boucher des terriers de guêpiers devant leurs parents fait partie des évènements incitant à passer à l'action.

Est-ce ta seule activité?

Non j'ai conservé une activité de salarié en bureau d'études à temps partiel.

Comment as-tu fait tes connaissances sur les oiseaux et animaux?

En lisant et en fréquentant les associations de protection qui concentrent énormément de connaissances ornithologiques. Il n'y a pas de formation spécifique, le terrain est donc le meilleur moyen. Voyager à travers l'Europe m'a également beaucoup apporté et m'a fait découvrir nombre d'espèces.

Des naturalistes ou ornithologues qui t'ont marqué?

Robert Hainard pour l'ensemble de son oeuvre (passer plusieurs semaines à l'affût en plein hiver dans les Balkans pour tenter de voir des loups.....), Denis Chavigny pour ses guides et Eric Dragesco.

Pourquoi proposer des sorties dans le parc du Vercors et ses contreforts?

Tout simplement parce que ce lieu me fait rêver! Les hauts plateaux représentent la plus grande réserve de France avec une faune et une flore exceptionnelles. De plus, peu de lieux présentent l'avantage de voir des espèces de plaine remarquables (comme le guêpier, la chouette chevêche ou le milan noir) et des espèces de haute montagne comme le lagopède alpin en seulement 1 heure de route (l'impact carbone est donc très réduit). Le climat est rentré dans une dérive que nous n'arrêterons pas; il est nécessaire de faire preuve de sobriété dans nos modes de vie. Pratiquer ses loisirs et passions localement est une réponse à apporter.

Et des sorties dans le parc du Queyras?

Pour la même raison. C'est un lieu de très haute montagne qui a su garder son aspect sauvage, baigné de lumière et peuplé d'espèces animales exceptionnelles.

Nous savons que certaines espèces sont soumises à dérangement d'origine antropique de plus en plus fort, qui a des conséquences désastreuses. Prends-tu en compte ce fait dans tes prospections et sorties?

Tout à fait. Je me refuse catégoriquement à emmener des clients sur des leks de tétras lyres ou sur des aires de brame isolées. Les conséquences peuvent être terribles et engendrer tout simplement l'échec de la reproduction et donc la disparition de l'espèce. Je ne comprends pas que certaines agences de "voyages naturalistes" proposent ce type de sortie. Pour les photographes animaliers, il existe un logo avec le grand tétras symbolisant le fait que le photographe ne dérange pas la faune. Il n'en existe pas encore pour le guide ornithologique.

Dans ton domicile, as-tu pu favoriser le retour du sauvage dans ton jardin?

Oui, nous laissons des zones herbeuses importantes qui ne sont jamais tondues et nous avons surtout créé une mare naturelle qui a eu un impact positif au delà de toutes nos espérances. Grenouilles, libellules (agrions, anax empereur ou libellule déprimée), pipistrelles, rouges-queues noirs sont venus coloniser ou nicher à proximité. Un gobe mouche noir est même venue faire une halte migratoire en septembre. Une véritable oasis de vie!

Ton oiseau favori?

Il y en a plusieurs. Le tétras lyre pour ses parades qui offrent un spectacle inoubliable, le milan noir et le martinet noir qui sont les messagers du printemps ou la chevêchette qui est un redoutable prédateur minuscule.

Ton animal favori?

Le sanglier. Il sont présents par milliers et pourtant ils sont très durs à voir. Le loup également qui, comme le disait Hainard, est omniprésent mais invisible.

Des lieux de nature que tu adores?

Les hauts plateaux du Vercors qui représentent pour moi la Wilderness. Le lac du DER, la Camargue et la Scandinavie  : des montagnes de 2 000 mètres d'altitude plongeant dans la mer, des hauts plateaux, des lacs, des falaises côtières, des oiseaux partout partout .... Dans une immensité de nature!

Une observation qui t'a marqué?

Il y en a plusieurs. Le 3 octobre 2018, un cerf brame et s'avance dans ma direction sans m'avoir détecté. Je me cache derrière un petit épicéa; le cerf se place derrière l'arbre (à 2 mètres de moi donc) et lance ses raires pendant 1 minute. Je voyais ses yeux exorbités, la vapeur qui se dégageait du souffle tout en étant tétanisé. Le cerf passera son chemin sans me voir.
Le 8 avril 2018, je suis en affût au crépuscule dans la neige. La neige est très bruyante. Des marcheurs bivouaquent 300 mètres plus loin en contrebas et font une soirée arrosée. Un bruit de pas dans la neige me parvient. Je suis d'abord en colère car je me dis qu'ils vont me gâcher l'affût en venant jusqu'ici. Quelle stupeur de voir le dos d'un animal qui apparaît et de découvrir que c'est un loup gris. Il avance en regardant le bivouac en contrebas. Tout était parfait dans sa démarche : il enroulait ses muscles sous une épaisse fourrure avec ses oreilles dressées.

La période de l'année que tu adores?

Mai et octobre pour la vie sauvage qui explose.

Et celle que tu détestes?

Août pour la chaleur et le monde.

Adhères-tu à des associations de protection de l'environnement?
Oui, l'ASPAS et la LPO. 1% du chiffre d'affaires est reversé à ces associations.